Comment concilier qualité de vie au travail (QVT) et qualité de vie numérique (QVN) ?

Le thème retenu pour l’édition 2022 de la semaine pour la qualité de vie au travail est « En quête de sens au travail ». L’occasion est toute trouvée pour faire le lien avec la qualité de vie numérique, dont l’omniprésence brouille les frontières de nos vies professionnelles et personnelles. Ce qui est en jeu, c’est la santé et l’épanouissement des collaborateurs.

Numérique et ses risques de sur-connexion

Après une longue période de télétravail imposé par la crise sanitaire du Covid-19, l’usage du numérique à distance du lieu de travail s'est fortement accéléré. La conséquence en est une installation durable de la fatigue physique et mentale.

Car avec le numérique, la tentation est grande de rester connecté. Le danger guette davantage les managers, qui se retrouvent au centre de la communication entre la direction et les collaborateurs. Si on n’y prend pas garde, on risque de se laisser prendre dans l’engrenage de la sur-connexion et de l’hyper-connexion.

La sur-connexion concerne la multiplication des outils numériques ou des canaux de communication (réseaux sociaux, visio, plateformes collaboratives, etc.). L’hyper-connexion quant à elle, se rapporte à l’attitude d’un collaborateur qui reste en contact constant avec son employeur ou ses collègues. Il répond à toutes les sollicitations sans distinction, et réclame lui-même l’attention de ses collaborateurs, sans tenir compte du temps personnel de ces derniers.

Les managers sont concernés par cette dérive, mais pas uniquement. Des collaborateurs n’hésitent pas à laisser le travail déborder sur le temps de repos.

Les conséquences sur la qualité de vie au travail

Or, les conséquences sur la santé sont délétères. La sur-connexion augmente la charge mentale des collaborateurs. Le problème vient des nombreuses interruptions du travail (notifications, e-mails urgents, appels, etc.) qui détériorent la qualité de la concentration. S’ajoutent à cela les exigences de réactivité immédiate (tacite) et la surcharge informationnelle (notamment les e-mails). Il en résulte :

  • Une surcharge cognitive (“FOMO” ou sentiment de rater quelque chose)
  • Une baisse de la productivité et de la concentration
  • Une perte de contrôle sur l’organisation de son temps

Tout cela accroît le déséquilibre entre vie professionnelle et personnelle, dégrade considérablement la qualité de vie au travail, et augmente le facteur de risque psychosocial. Dans les cas les plus extrêmes, c’est le risque de burn-out qui pointe à l’horizon.

L’enjeu du droit à la déconnexion

L’emprise, de plus en plus forte du numérique dans le travail, a abouti à la nécessité d’une législation. C’est ainsi que le Droit à la déconnexion s’est ajouté au Code du travail avec la loi du 8 août 2016. Il s’inscrit dans le cadre de la négociation obligatoire sur la qualité de vie au travail (QVT). Il constitue même une obligation légale auprès de toutes les entreprises dont l’effectif est supérieur à 50 salariés.

Concrètement, le droit à la déconnexion rappelle le droit d’être injoignable en dehors des heures de bureau. Cela signifie être déconnecté des outils numériques professionnels (téléphone portable, mail, plateformes collaboratives, réseaux sociaux, etc.), après les journées de travail (en soirée), durant les week-ends, les RTT et les vacances.

Le cadre juridique du droit à la déconnexion n’est pas clairement défini, mais un employeur qui y manquerait, s’expose à des sanctions.

Les solutions pour améliorer la qualité de vie numérique

Le respect du droit à la déconnexion a deux vertus. Il permet d’améliorer la qualité de vie au travail et, ce faisant, améliore la concentration et la productivité. Il s’agit d’une discipline, voire d’une hygiène de vie qu’il faut s’imposer, car tout le monde y trouve son compte (employeurs, managers et collaborateurs).

Se déconnecter complètement des outils professionnels pendant les soirées, les week-ends et les périodes de vacances, ne relève pas d’un manque d’esprit d’entreprise. Au contraire, il est important de dissocier le temps de travail et le temps légitime de repos, pour reconstituer ses forces et revenir au travail en meilleure forme.

Pour lutter contre les dangers de la sur et l’hyper-connexion, des solutions simples à mettre en place existent :

  • Déterminer des plages horaires fixes de disponibilité et des temps de pause (et s’y tenir)
  • Ne pas hésiter à se couper de l’extérieur pour accomplir les tâches nécessitant une forte concentration (Deep Work)
  • Anticiper les départs en congés pour passer sereinement le relais aux collaborateurs présents (messagerie d’absence ou de réorientation, etc.).

Réapprendre à délimiter et à organiser son temps de travail et son temps de repos est une soft skill qui s’acquiert au fil du temps. Or, cette compétence est aujourd’hui fondamentale à tous les niveaux de l’entreprise, tant le caractère délétère de l’hyper-connexion affecte la concentration et la productivité. C’est pourquoi, il importe que les managers soient particulièrement attentifs au fait de montrer l’exemple en matière de droit à la déconnexion. Il faut apprendre à réduire les interactions immédiates et tenir à distance les stimuli extérieurs, a fortiori dans les espaces de travail décloisonnés  (qui représentent la norme de nos jours). 

L’enjeu est de taille, il s’agit de focaliser son attention pour se concentrer sur un sujet important à la fois. Finalement, les exigences actuelles du multitâche (multitasking) sont un leurre, car elles détériorent insidieusement la performance des employés, ce qui se répercute sur la compétitivité de l’entreprise.

Pour y parvenir, il importe de mener des actions de sensibilisation en interne et d’assurer la formation des managers.

Paul Courtaud et notre partenaire Hult EF Corporate Education ont réalisé un webinar sur le développement des soft skills :

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